SOIRÉE GAZA PALESTINE

par | 14 juin 2026 | Société

Comprendre la situation humanitaire à Gaza et Jaffa, découvrir la réalité du terrain et soutenir les populations les plus vulnérables, notamment les orphelins. Avec l’invité d’honneur le professeur Raphaël Pitti

C’était le 11 juin à Béziers à la CIMADE

Invité par l’AFPS (l’association de solidarité avec la Palestine) et la CIMADE à Béziers le professeur Raphaël Pitti, agrégé de médecine d’urgence a rendu compte de la situation qu’il a vécue à Jaffa et à Gaza et des actions qu’il y a menées au sein de l’ONG HuSoMe créée par lui et dont il est président.

D’abord qui est Raphaël Pitti et quel est son parcours ?

Agrégé de « médecine de guerre », anesthésiste-réanimateur, ce professeur a fait une longue carrière d’abord dans l’armée. Au cours des années 1980, il a été présent sur tous les terrains en crise, au Liban, à Sarajevo, dans les Comores, sur la guerre du Golfe et urgentiste au sein de l’OTAN.

En 2004, il a quitté l’armée qui l’avait affecté à un poste administratif. Ce, pour reprendre un travail de terrain, tant dans le domaine humanitaire (Lampeduza) que sur des catastrophes naturelles.

C’est en 2012 qu’il découvre ce qui se passe en Syrie, par un collègue. À Dana, il a vécu le bombardement de l’hôpital. Aucun pays n’a voulu intervenir en dépit de 12 millions de déplacés et de l’utilisation d’armes chimiques par Bachar Al Assad. Barack Obama qui s’était engagé en paroles à le faire si l’utilisation d’armes chimiques était avérée ne l’a pas fait. C’est donc, sans mission et de façon totalement illégale que le professeur Pitti s’y est installé et a formé des équipes de soignants.

« Ce qui se passe aujourd’hui partout sur la planète, dit-il, est la conséquence indiscutable de cet abandon des populations victimes par les puissances occidentales. Elles ont laissé faire, donc tout est devenu permis. Non seulement on peut bombarder, mais on peut violer, affamer, détruire les lieux de culte, tuer les enfants. Ce que nous voyons en ce moment à Gaza est dans la ligne de ce qui a été toléré en Syrie, au Liban, en Ukraine, au Soudan, en Iran… bafouant les règles du droit international érigées après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en 1948.

Il faut être conscients que la situation des populations civiles en tant de guerres a empiré depuis le début du XXe siècle. En 14-18, 14 % de civils ont été tués, dans les guerres actuelles c’est 80 %. »

La situation à Gaza et Jaffa :

« Quand en Europe on a commencé à trouver que la riposte israélienne dépassait les bornes, la cellule diplomatique de l’Élysée aurait gagné un certain prestige en se singularisant : en disant qu’il fallait protéger les civils. Au lieu de cela, Macron a exposé une idée personnelle : “on pourrait combattre le Hamas au sein d’une coalition internationale”, a-t-il suggéré. Cette idée était tellement déplacée dans le contexte qu’elle n’a même pas fait l’objet d’une réponse. Le collectif de médecins consulté n’a pas obtenu de mission. Une ONG américaine a eu l’autorisation de rentrer à Gaza. “Notre groupe de 20 médecins a pu se glisser dedans. Nous avons été accueillis à Jaffa comme des sauveurs que nous n’étions pas. Nous avons gagné l’hôpital, 25 000 personnes vivaient à l’intérieur : familles sans abri, dont les membres étaient blessés ou non. Autour, les snipers visaient leurs victimes et les bombardements se poursuivaient. C’était le chaos. Il y avait un grand nombre de médecins et de chirurgiens, mais aucune organisation et on manquait de médicaments et de matériel. Faute de moyens, tout finissait par des amputations. Puis on s’est mis à faire ‘un triage inversé’. On soignait les cas les moins graves et on abandonnait ceux pour qui on ne pouvait rien. On travaillait dans un manque d’hygiène absolu avec les enfants qui couraient autour de nous.

125 enfants avaient été tués par des snipers. 70 000 morts par des tirs ou des bombardements ont été décomptés. Mais combien dans les hôpitaux ? Morts faute de soins ? nul ne le sait.

Au début, il y avait des réserves alimentaires, des conserves que personne ne pouvait acheter faute d’argent. Si un voleur s’emparait d’une conserve, il était lynché par la foule. Une foule qui si elle avait été organisée aurait pu s’emparer collectivement de ces biens pour les distribuer.

Tout péchait par absence d’organisation, il y avait trop de médecins sans moyens. Avec ‘Médecins du monde’ et ‘Caritas’, on a laissé tomber les soins et on est passés à l’organisation. Parmi nous, un responsable du Hamas nous a aidés. Nous avons créé 6 centres de soins primaires à Jaffa et à Gaza. Malheureusement, une partie a été bombardée.”

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, 60 personnes y travaillent. L’OMS distribue des vaccins pour 2 millions de personnes. Des tests mesurent le niveau de dénutrition des enfants. On a loué du matériel pour travailler, mais il faut être enregistré à Tel-Aviv. Ce sont eux qui décident ce qu’ils acceptent. 

Pendant ce temps les Israéliens continuent de tirer sur les gens. Beaucoup d’enfants seuls errent affamés. On a créé un orphelinat de 35 enfants, mais il y a 37 500 orphelins.

Nous avons également créé des hôpitaux femmes-enfants, ainsi que des centres de soins primaires. Le problème principal est celui de l’eau. Elle est saumâtre et polluée. Nous nous sommes attelés à son traitement. Il est difficile et coûteux, car les sols et les eaux souterraines sont pollué·es ».

Ici, au milieu de cette guerre, rien n’est finalement différent des autres guerres. En Ukraine par exemple, les médias ne nous disent pas que 41 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Que les personnes âgées et les handicapés reçoivent 50 € par mois pour vivre.

Et que nous dit-on au Liban ou au Soudan où l’État ne donne rien ? On ne peut compter que sur la population civile.

Aujourd’hui, au milieu de ces zones de chaos qui se multiplient, nos États se préparent pour la guerre qui devrait éclater en 2030, selon leurs prévisions.

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dimanche 14 juin 2026, 20:30

Monique Douillet